Introduction

Avec près de 60 % de descendants mayas, le Guatemala est le pays d'Amérique latine qui, après la Bolivie, compte le plus d'amérindiens. De la conquête espagnole à aujourd'hui, ce peuple longtemps méprisé a souffert d'intérêts et de conflits souvent âpres et cruels. Connaître l'histoire politique et sociale de ce peuple, c'est mieux comprendre les défis actuels du Guatemala.

  1. La civilisation Maya

  2. La conquête espagnole du Guatemala

  3. La colonisation du Guatemala

  4. L'indépendance du Guatemala et la révolution libérale de 1871

  5. La Révolution d'octobre - 1944-54 - : la fin timide d'un libéralisme économique né à la fin du XIXe siècle

  6. Du conflit interne aux Accords de paix de 1996

 

 

 

 

 

La civilisation Maya

Cartes des térritoires et des langues mayas du Guatemala et du Belize La civilisation maya est apparue 2000 ans avant notre ère. Le " territoire maya " est généralement divisé en trois zones d'influences :
  • La zone sud, de la côte Pacifique et des hautes terres comprend le Guatemala actuel, le Chiapas et une partie du Salvador.
  • La zone centrale des basses terres englobe les régions tropicales du Chiapas et du Petén et se prolonge jusqu'au golfe du Honduras.
  • La zone nord, sans doute la plus connue car la plus touristique, est la péninsule du Yucatan.

Un certain nombre de caractéristiques communes lient les diverses cultures indigènes qui s'y sont développées pendant près de deux millénaires :

- leur organisation en cités-État ;
- une société stratifiée en quatre classes : les nobles, les prêtres, le peuple et les esclaves ;
- un panthéon organisé et l'élaboration d'un calendrier sacré complexe basés sur l'observation astronomique ;
- la construction de temples et de pyramides ;
- des sacrifices humains ;
- l'utilisation d'une écriture - hiéro - glyphique - la seule qui soit apparue en Amérique centrale et méridionale ;
- une famille de vingt huit langues ;
- une agriculture perfectionnée basée sur le maïs.

Cette civilisation a connu son apogée entre 250 et 900 de notre ère - Période classique - . Elle s'est ensuite enfoncée dans un long déclin culturel marqué par des divisions sociales et politiques.
Pendant la période classique et post-classique, sur la zone des hauts plateaux du Guatemala actuel se sont épanouis de nombreux petits royaumes rivaux Quiché, Kakchiquel, Mam, Pokomam, Ixil. Aujourd'hui encore, l'appartenance à ces groupes constitue pour les populations indiennes le principal élément d'identité.

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La conquête espagnole du Guatemala

Le conquérent Pedro de Alvarado En 1523, le conquérant Cortez, nommé un an plus tôt " Capitaine général de la Nouvelle-Espagne " par Charles Quint envoie son lieutenant Pedro de Alvarado explorer le Guatemala. Il occupe la province du Soconusco sur la côte Pacifique et affronte les Quichés des hauts plateaux, qu'il met en déroute après avoir tué leur chef Tecún Umán. A Utatlán, capitale des Quichés, il massacre la famille royale. Il attaque ensuite avec succès Iximché, la capitale des Kakchiquels. Son frère Gonzalo, occupe Zacaleu, la capitale des Mams. Puis ce sont les Tzutuhils qui sont défaits à Atitlán et les Pipils à Escuintla. Terrifiés, les Mayas des hautes terres du Guatemala se soumettent en masse et Alvarado fonde la capitale " Santiago de Los Caballeros " - Aujourd'hui Ciudad Vieja -.
Dans les pas des Conquistadores, s'avancent les missionnaires. L'évangélisation des indiens permet de légitimer la conquête : les premiers franciscains arrivent en 1535 au Guatemala. Les populations qui ont survécu aux massacres de la conquête sont déplacées et installées dans des Pueblos de reducción - Et les encomiendas - dirigés par des religieux. Destinés à mieux contrôler les indiens - perception du tribut, enrôlement de la main d'œuvre - ils ont aussi pour objectif de détruire leur univers symbolique et religieux.
L'impact du choc microbien achève la conquête militaire et spirituelle. En moins d'un siècle, la population indigène sera tombée de 300 000 à 70 000, soit une baisse de 75%.
Le pays maya est pacifié à partir de 1547. De l'histoire de la conquête, personne n'a su mieux en résumer le sens que J.-M. G. Le Clézio - Le rêve mexicain 1988 -

" La conquête du continent américain par les Européens est sans doute le seul exemple d'une culture submergeant totalement les peuples vaincus, jusqu'à la substitution complète de leur pensée, de leurs croyances, de leur âme. La conquête n'est pas seulement la mainmise d'une poignée d'hommes sur des terres, des réserves alimentaires, des routes des organisations politiques, sur la force de travail des hommes et la réserve génétique des femmes. Elle est la mise en œuvre d'un projet conçu à l'origine même de la Renaissance, en vue de la domination du monde "

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La colonisation du Guatemala

Après la conquête, vient le temps de la colonisation : Pour la couronne espagnole, il s'agit d'asseoir son autorité sur les nouvelles terres et les conquérants. Charles Quint reprend le système institutionnel de la monarchie espagnole pour administrer les nouvelles possessions américaines, divisées en Capitaineries générales.
Dès 1503, la Casa de Contratación était chargée de superviser les relations maritimes et commerciales et de veiller à la rentrée des revenus fiscaux. Surtout, en 1524 est créé le Conseil des Indes pour préparer les lois et ordonnances spécifiques au Nouveau Monde et transmettre les volontés royales.
Sur place, les relais du pouvoir royal sont l'Audiencia et le vice-roi. Le vice-roi, représentant du monarque espagnol, était choisi parmi les familles les plus illustres d'Espagne pour instaurer son autorité aux conquistadores dans les capitaineries générales. L'Audiencia cumulait des pouvoirs administratifs et judiciaires et établissait une surveillance étroite sur les fonctionnaires.
En 1542, la Capitainerie générale du Guatemala est créée mais est incorporée à l'Audiencia des Confins l'année suivante, - qui englobait toute l'Amérique centrale jusqu'au Costa Rica, Yucatan inclus. Puis en 1565, le Guatemala et le Yucatan sont intégrés à l'Audiencia de la Nouvelle-Espagne - Mexique -. Enfin en 1570, l'Audiencia du Guatemala devient une entité propre.
L'exploitation économique du Nouveau monde passe par le système de l'encomienda pour extraire et exporter les produits agricoles et minerais vers l'Europe. En échange de leur évangélisation, les colons recevaient de la Couronne d'Espagne des terres et un " lot " d'indiens corvéables. L'encomienda va permettre de nombreux abus et d'autres formes d'exploitation ou d'esclavage, dénoncés par le dominicain Bartolomeo de Las Casas. Malgré la suppression de ce système dès 1542 par des Nuevas Leyes élaborées par le Conseil des Indes, il perdure car les colons y sont opposés. L'envoyé du roi, Francisco Tello de Sandoval, doit renoncer à faire appliquer les " Nouvelles lois " et Charles Quint revient sur sa décision dès 1545-46.
Après que la population soit reconnue comme évangélisée, on remplace peu à peu l'encomienda par le système du repartimiento. Les colons étaient désormais autorisés à recruter des indiens en les payant. Mais là aussi c'est l'occasion de nombreux abus : expéditions de recrutement et enrôlement forcé, main d'œuvre payée en dessous du prix du marché, mauvais traitements. Ce système dure jusqu'en 1632, sauf dans les mines où il est maintenu. Mais la condition des Indiens ne s'améliore pas pour autant. Les grands propriétaires fonciers des haciendas attachent leurs travailleurs indiens au sol par un système d'avances sur gages en les endettant de génération en génération et créer ainsi le système du " péonage ".
Les Indiens, pourtant sujets du roi d'Espagne, sont expropriés des meilleures terres, au fur et à mesure qu'avance le développement des haciendas et l'agriculture agro-exportatrice à partir du XVIIIème et ce, malgré une loi de 1567 qui garantissait, contre l'avidité des colons, l'intégrité des ejidos, les terrains communaux indiens.
La société coloniale est strictement et hiérarchiquement organisée selon les origines sociale et ethnique de ses composantes. En haut de l'échelle sociale, se trouvent les Espagnols, nés en métropole, ils contrôlent l'administration. Les créoles - criollos - , " purs de tout mélange ", nés aux Amériques, possèdent les grandes haciendas et représentent l'élite intellectuelle et économique des colonies. En dessous des créoles, la masse des métis, classés selon leur " degré de métissage " - mestizos, mulatos, zambos -, formait le monde des artisans, petits commerçants, paysans ou journaliers. En bas de l'échelle, on trouve les Indiens : ils ne parlent que très rarement l'espagnol et sont corvéables à merci par les grands propriétaires terriens. Enfin plus bas encore que les Indiens, les esclaves africains amenés par la traite : au Guatemala, on les trouve dans les grandes plantations côtières. Ce groupe social constitue aujourd'hui la communauté " garifuna ", dotée d'une langue et d'une culture originales.

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L'indépendance du Guatemala et la révolution libérale de 1871

En 1821, le Guatemala s'émancipe de l'Espagne mais reste quelques temps dans l'Empire mexicain. À la chute d'Iturbide, il s'en sépare et forme avec d'autres régions les Provinces unies d'Amérique Centrale. Mais à cause des dissensions entre " caudillos ", cette confédération éclate dès 1838-40 en cinq républiques, tandis que l'Angleterre occupe la côte de Mosquito - Nicaragua - et confirme ses droits sur le Belize. Le Guatemala acquiert son territoire actuel. L'indépendance est avant tout le fruit de la lutte des créoles qui se sentaient lésés par l'administration royale, car écartés des charges les plus honorifiques et les plus lucratives. Dans cette lutte, les Indiens ont soit été tenus à l'écart, soit ils ont été enrôlés dans les troupes. Pour certains, le départ de la Couronne espagnole signifiait que les élites créoles avaient désormais les mains libres pour les exploiter.
À partir de 1839 et pendant tout le XIXe s., le Guatemala voit s'affronter les élites divisées entre conservateurs et libéraux. Mariano Rivera Paz est le premier président élu du Guatemala et jusqu'en 1870, ce sont les conservateurs qui occupent le pouvoir. Ils maintiennent les structures coloniales existantes.
Rufino Barrios Cependant, favorisée par de nouveaux produits à exporter - Le café remplace l'indigo et la cochenille - et par une nouvelle conjoncture internationale et régionale - "Boom" californien et valorisation maritime de l'Océan Pacifique - , une nouvelle élite dirigeante accède au pouvoir par les armes en 1871. Libérale sur le plan économique et religieux, elle reste autoritaire sur le plan politique. Son chef, Justo Ruffino Barrios apparaît légitimement comme le modernisateur du Guatemala. De 1871 à 1885, inspiré par Porfirio Diaz au Mexique, il mène une politique de réforme des institutions et de l'État en s'appuyant sur le développement d'un capitalisme agro-exportateur via des capitaux étrangers. Au nom de la modernisation du pays, il confisque et met en vente les propriétés foncières de l'Église et les terres communales dont profitaient les communautés indiennes et les paysans métis.
Il instaure aussi le travail forcé dans les grandes propriétés - Latifundi - . Plantation San Mateo 1875 En 1877, il fait promulguer le Règlement des journaliers et en 1878, la loi contre le vagabondage. Les paysans indiens sont obligés de travailler de 100 à 150 jours par an dans les plantations de café. Quelques 100 000 indigènes descendent chaque année de l'Altiplano sur la Bocacosta pour les récoltes. Pendant ce dernier quart de siècle, les Indiens se soulèvent contre des chefs politiques, des intendants ou des planteurs à propos de la terre, de leurs conditions de vie et surtout d'exploitation intolérables. On distingue la guerre de guérilla des indigènes de Momostenango et la rébellion de San Juan Ixcoy en 1898, étouffée par des milices des métis qui s'approprient alors leurs terres.
Pendant cette période, les grands propriétaires terriens agro-exportateurs et les compagnies étrangères consolident leur main mise sur le pouvoir politique et économique du pays.Vers 1920, les compagnies états-uniennes contrôlent 70% des importations et 80% des exportations du Guatemala. La principale d'entre elles, l'United Fruit Company naît en 1899 au Costa Rica avant d'essaimer dans les cinq républiques. En 1902, la United Fruit company s'implante au Guatemala. Le gouvernement de Manual Estrada Cabrera lui fait construire une ligne de chemin de fer et lui accorde des avantages portuaires à Puerto Barrios ainsi que des lots de terres, des plus fertiles du pays.

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La Révolution d'octobre - 1944-54 - : la fin timide d'un libéralisme économique né à la fin du XIXe siècle

On entend par Révolution d'octobre la période qui va de 1944 à 1954. Deux présidents réformistes Juan Jose Arevalo et Jacobo Arbenz se succèdent et tentent de réduire certaines inégalités économiques et sociales nées de la révolution libérale de 1871. A cette même période apparaît dans l'échiquier politique, une mince classe moyenne urbaine, composée de militaires, de fonctionnaires, d'employés, de commerçants et d'artisans.
Le Président Arbenz Après le renversement de la dictature militaire d'Ubico - Au pouvoir depuis 1931 -, le 20 octobre 1944, Juan Jose Arevalo est élu président de la République. Pour lui, l'État, doit favoriser la petite industrie et la création de petites propriétés agricoles. Il permet aussi à la culture du coton et à l'élevage intensif de progresser en encourageant un nouveau type d'ouvrier agricole saisonnier, les cuadrilleros, pour mettre fin au système de travail forcé des journaliers en vigueur depuis 1877.
Il autorise la création de la CGTG - Confédération Générale du Travail Guatémaltèque - en 1948, dirigée par Victor Manuel Gutierrez. Celui-ci rassemble rapidement 90 000 membres tandis que la CNCG - Confédération Nationale paysanne du Guatemala - gagne en influence dans l'intérieur du pays.
Mais ces timides réformes sont contestées par les élites conservatrices : il subit ainsi 28 tentatives de coup d'État pendant son mandat, comme quand en juillet 1949, le colonel Arana, lié à des grands propriétaires terriens, exige qu'il remette le pouvoir à l'armée. Cependant Arevalo est soutenu par quelques officiers loyaux dont le colonel Arbenz, son ministre de la Défense.
En 1950, Jacobo Arbenz gagne les élections. Soutenu par le Front Populaire de Libération qui représente les classes moyennes urbaines, il démocratise la vie politique. Face aux fortes inégalités dans la répartition des terres, il engage une réforme agraire. D'après le recensement agropastoral de 1950, 99,1% des exploitations étaient des petites propriétés - microfundi - occupant 14% des terres, alors que 0,1% occupait 41% de la superficie totale recensée. 40% des exploitations appartenait à 23 familles tandis que 250 000 paysans n'avaient pas de terre. En 1952, le Congrès vote le décret 900 de la Loi de réforme agraire : Les grands domaines non cultivés seront démembrés et distribués aux paysans par le biais de comités agraires locaux. Elle concerne près de 900 000 hectares -dont la United Fruit 84 000 des 234 000 ha - et 100 000 familles. Jusqu'à aujourd'hui, c'est la seule grande redistribution de terres.
Mais le temps de la réforme ne dure que 18 mois et l'opposition conservatrice réplique rapidement. Les grands propriétaires terriens mettent sur pied des " Comités de défense de la terre " et des " Unions civiques " qui organisent des assassinats contre des leaders paysans ou des soulèvements - étudiants en 1962 -. Les tentatives de déstabilisation d'Arbenz s'accroissent encore lorsque son gouvernement destitue la Cour Constitutionnelle qui a déclaré inconstitutionnelle la réforme agraire. Il est accusé d'être une 5e colonne de l'URSS par la presse, les grands propriétaires, l'Église et depuis l'extérieur par le gouvernement d'Eisenhower. Ainsi l'archevêque Mariano Rossell y Arellano fait circuler dans les villages l'icône du Christ d'Esquipulas surnommé " le Capitaine général de la croisade de la délivrance " dans sa croisade contre Arbenz.
En 1953, le nouvel ambassadeur états-unien, John Perrifoy exige dès son arrivée, l'expulsion des communistes du gouvernement d'Arbenz. Surnommé le " boucher de la Grèce ", pour son action antérieure à Athènes, il ne parle pas espagnol mais il est là pour mettre en place la machine du coup d'état. Le dictateur Castillo Armas et l'ambassadeur américain John Perrifoy Eisenhower lance en octobre l'opération Exito - " Succes " - mise au point par de la CIA. Son directeur, Allen Dulles n'est autre que le frère d'un des principaux membres du conseil d'administration de la United Fruit. Le 24 décembre est signé le " plan de Tegucigalpa " pour unir le " Mouvement de Libération Nationale ", accompagné d'une campagne internationale et nationale de désinformation sur des supposés rapprochements entre le gouvernement d'Arbenz et Moscou. Aux frontières, la CIA créent des camps d'entrainement pour les mercenaires en Honduras, au Salvador et au Nicaragua.
Les 17-18 juin 1954, une colonne de 300 hommes dirigée par le lieutenant Carlos Castillo Armas pénètre sur le territoire guatémaltèque. Arbenz refuse d'armer la population. Il renonce au pouvoir le 27 juin après le refus du commandement de l'armée guatémaltèque de s'opposer aux rebelles. Le 3 juillet, une junte de 5 militaires dirigée par Armas prend le contrôle du pays. Elle promulgue immédiatement la " Loi pénale préventive contre le communisme " pour mener la répression. Comme en Indonésie à la même époque, la junte établit une liste d'activistes " communistes " qui s'élargit peu à peu à l'ensemble des opposants : 72 000 personnes vont y figurer. Dans les premiers mois on tue ou on emprisonne 9 000 personnes.

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Du conflit interne aux accords de paix de 1996

Castillo Armas est mystérieusement assassiné à son domicile en 1957 mais l'UFCo et les autres multinationales ont eu le temps de faire rédiger un autre code du travail et surtout de récupérer les terres aux paysans.
Après la révolution cubaine, le général Miguel Udigoras Fuentes qui lui a succédé au pouvoir, autorise l'utilisation du territoire guatémaltèque pour l'entraînement des anti-castristres. Le 13 novembre 1960, quelques militaires progressistes, mécontents de cette présence et influencés par l'exemple cubain tentent un putsch. Après leur échec, les rescapés - Luís Turcío Lima, Marco Antonio Yon Sosa - se réfugient dans l'Oriente et constituent les premiers focos guérilleros : ainsi naissent les Forces armées rebelles - FAR -, bientôt rejointes par une fraction dissidente du Parti communiste - Parti Guatémaltèque du Travail.
Mais le colonel Arana Osorio, nommé commandant du département de Zacapa en 1966, mène une répression très violente. Devant ce deuxième échec, les rebelles se replient dans les centres urbains puis dans les montagnes. Arrivé au pouvoir en 1970, le " chacal de Zacapa ", fort de ses succès, annonce qu'il est prêt à " transformer le pays en cimetière pour restaurer la paix civile " si cela s'avère nécessaire. Pendant les quatre années de son mandat, plus de 15 000 personnes disparaissent.
Certains membres des FAR prennent conscience des erreurs et du manque de liens avec les populations rurales et indigènes. Il devient pour eux, indispensable d'intégrer les revendications de ces derniers dans la lutte. Une partie d'entre eux, exilés au Mexique, fondent l'Armée Guérillera des Pauvres - EGP - puis s'installent en 1972 dans le Quiché, à majorité indienne. Rodrigo Asturias dit, Gaspar Ilom D'autres insurgés, restés au Guatemala, fondent en 1979, sous la direction de Rodrigo Asturías, alias Gaspar Ilom, - fils du prix Nobel de Littérature -, l'Organisation du Peuple en Armes - ORPA - . Ces deux organisations vont consacrer leurs efforts à la construction clandestine de structures politiques et militaires dans les campagnes. Dans la forêt du Petén, une branche des FAR se réorganise, renforcée par certains militants chrétiens et étudiants qui ont été obligés de quitter les villes à cause de la répression sélective menée par l'armée - Policía militar ambulante -, les services de renseignements - G2, Centro regional de telecomunicaciones - et les escadrons de la mort - El Buitre justiciero, Ojo por Ojo, Ejército secreto anticomunista, Hermanda blanca -. De 1966 à 1978, plus de 30 000 personnes ont été victime de cette répression ciblée contre quiconque ferait preuve d'indépendance d'esprit.
Tous ces mouvements de guérilla vont tenter de corriger la principale erreur de la première génération : avoir considéré le monde indien comme amorphe et structurellement incapable de devenir le noyau dur du mouvement révolutionnaire. Désormais libération sociale et émancipation ethnique vont aller de pair.
De leur côté, les communautés indiennes ont de plus en plus conscience de leurs droits face aux exactions des propriétaires terriens - vols de terre, travail forcé et esclavage par dette - et des soldats - vols d'animaux, destruction des récoltes, enlèvement des jeunes hommes pour le recrutement forcé et viols des jeunes filles -. Elles commencent alors à s'organiser : en 1973-74, des paysans s'unissent pour constituer le Comité d'union paysanne - CUC - qui naît en 1978.
Le 5 février 1976, un tremblement de terre permet à l'armée, sous le prétexte des secours, de détourner l'aide internationale et d'étendre son contrôle sur de vastes zones du pays. Cependant, les revendications sociales vont croissantes : au cours d'une manifestation de paysans kekchis à propos d'un litige foncier dans le village de Panzos - Alta Verapaz -, le 29 mai 1978, 150 personnes sont exécutées par une armée au service des grands propriétaires terriens. Devant le tollé international, le président américain Carter ordonne la suspension de l'aide militaire des États-Unis.
Le 31 janvier 1980, l'armée donne l'assaut contre l'Ambassade d'Espagne après qu'une délégation du CUC l'ait occupée pour alerter la communauté internationale contre les vols de terres. Trente neuf personnes, dont des diplomates, meurent dans des conditions encore aujourd'hui non éclaircies, à la suite d'un incendie.
La victoire sandiniste au Nicaragua et la radicalisation de la lutte armée en El Salvador renforcent la conviction des mouvements de guérilla guatémaltèques que l'option militaire peut aboutir. Malgré la répression menée par le général Lucas Garcia - " élu " en 1978 -, les trois forces armées d'opposition - FAR, EGP, ORPA -, rejointes par l'aile gauche du Parti communiste guatémaltèque - PGT - forment en 1982, l'Union Révolutionnaire Nationale Guatémaltèque - URNG - et établissent un programme commun en cinq points pour construire un " gouvernement démocratique, populaire, patriotique et révolutionnaire ".
Mais cette force d'opposition armée surestime ses capacités. Les contre-offensives violentes et massives de l'armée - dont les effectifs passent de 13 500 en 1977 à 40 200 en 1986 - brisent ces mouvements, trop dispersés géographiquement et insuffisamment équipés et préparés. La campagne contre-insurrectionnelle du général Efraín Ríos Montt, arrivé au pouvoir par un coup d'État en mars 1982, surpasse en violence celles des frères Garcia. Elle parvient à couper la guérilla de ses bases populaires en appliquant les techniques contre-insurrectionnelles employées par l'armée états-unienne au Vietnam. D'autant qu'à Washington, l'élection de Ronald Reagan permet la reprise de l'aide militaire.
La junte de 1982 avec Rios Montt à sa tête Rios Montt poursuit la " pacification " des campagnes menée par son prédécesseur : Politique de terre brûlée, massacre des populations, destruction de plus de 250 villages - San Francisco, Huehuetenango, juillet 1982 -. Il met sur pied un Plan d'Aide aux Zones de Conflit - PAAC - dans le cadre d'actions psychologiques contre-insurrectionnelles. On y trouve un programme intitulé Fusiles y frijoles, dans lequel la population doit opter pour un des deux termes. Un autre, Alimentos por trabajo, propose de fournir des aliments à ceux qui participeraient gratuitement aux travaux de construction de routes, de ponts et des campements pour les militaires. Le programme Techo, tierra y trabajo - 1983 -, et les Patrouilles d'Autodéfense Civile - PAC , créées en 1981 - finissent de militariser les campagnes. Pour y échapper, les communautés n'ont alors pour alternatives que fuir vers le Mexique, s'entasser dans les bidonvilles autour des villes, ou s'enfoncer dans la forêt, au risque d'être considérées comme des combattants. En moins de six mois de gouvernement plus de 6 000 paysans sont assassinés, soupçonnés de sympathies pour la guérilla.
Mais l'autoritarisme, le fondamentalisme religieux et l'indépendance - vis-à-vis de l'oligarchie terrienne et des États-Unis - de Ríos Montt déplaît de plus en plus. Il est remplacé en août 1983, par son ministre de la défense ; le général Mejía Victores, qui poursuit la même politique de répression. Il rend systématique le contrôle militaire de la population rurale au sein de " pôles de développement ". On en comptera six : autour de Nebaj, dans le Triangle Ixil - Quiché - , de Chisec - Alta Verapaz - , de Playa Grande - Quiché - , de Chacaj - Huehuetenango - et dans le Petén. On y établit des " villages modèles ", rappelant les " pueblos de reduccion " de la conquête espagnole, sous le contrôle des bataillons de kaibiles chargés d'embrigader et de " rééduquer " les hommes de 16 à 60 ans au sein des PAC.
La repression dans le Quiche Il s'aligne sur la politique états-unienne face au Nicaragua et refuse les propositions latino-américaines de médiation du conflit.
Il relance ainsi la répression contre les mouvements de l'URNG. Il parvient vers 1984 à les couper de leur base populaire et rurale. L'URNG décide alors d'opter pour une stratégie militaire " de basse intensité ", en se concentrant dans des zones précises et en menant des vagues d'offensives pour appuyer les revendications politiques.
Mais la violence est si forte que, de son côté, l'armée perd le soutien de sphères jusqu'alors acquises. La hiérarchie catholique dénonce à partir de 1982 la politique de " génocide " perpétrée au nom de la contre-insurrection. Grâce aux conseils et aux livraisons de certains pays amis comme Israël, la République sud-africaine et Taiwan, les massacres continuent….
L'oligarchie, inquiète de la part prise par les militaires dans l'économie nationale, se plaint de la mauvaise gestion économique du pays et du poids croissant des dépenses militaires dans le budget national. Contraint par les critiques et les mécontentements du Congrès US, Mejía Victores décide finalement de convoquer en 1984, des élections pour une Assemblée constituante. Mais il prévient immédiatement que " si l'Assemblée nationale constituante outrepasse les limites pour lesquelles elle a été convoquée, elle sera dissoute par l'armée ". Ses objectifs restent d'en finir avec une guérilla qui, bien qu'affaiblie, continue d'hypothéquer la stabilité du régime par sa capacité de déplacement sur tout le territoire national. Mais pour obtenir une aide économique internationale, notamment US, il doit permettre la mise en place d'un gouvernement civil, du moins en apparence.
Début 1986, l'élection du Démocrate-chrétien, Vinicio Cerezo - Elu par 68% des voix - et le retrait des militaires suscitent des espoirs dans la société civile. Mais elle est vite déçue car l'armée conserve le pouvoir de fait, grâce à un droit de veto, et maintient la militarisation sur le pays. Conscient de ses limites et soumis aux pressions des militaires, le nouveau président tente d'entamer un dialogue régional, y compris avec le Nicaragua sandiniste. En septembre 1987, à Madrid, sous la pression des pays européens, il répond aux demandes des insurgés et établit les premiers contacts. En réponse l'armée lance une nouvelle offensive contre les rebelles et les populations civiles.
Même si en mars 1989, un Dialogue national débute officiellement, sous l'égide de l'Église catholique, il est rapidement interrompu car l'opposition, menacée de mort, doit fuir le pays. L'armée est toujours libre d'agir : en pleine campagne électorale, le 2 décembre 1990, 13 habitants de Santiago Atitlán sont massacrés. Mais elle ne peut plus aussi bien cacher ses exactions. Jorge Serrano est élu président de la République en janvier 1991. Un civil succède à un civil. Sans majorité au Congrès, il doit désormais tenir compte des pressions internationales pour des négociations de paix et du poids politique des militaires, dont la seule raison d'exister est la lutte contre la guérilla. Rigoberta Menchu, prix nobel de la paix en 1992 Au Sud, le conflit au Salvador est fini et surtout en octobre 1992, Rigoberta Menchú Tum obtient le prix Nobel de la Paix alors qu'elle est obligée de vivre en exil au Mexique. Cette reconnaissance internationale permet aux organisations de la société civile - droits de l'homme, droits indigènes, familles de disparus, réfugiés, déplacés, " population en résistance " - d'obtenir une tribune au-delà de la chape de silence que voudraient leur imposer les militaires.
C'est aussi à partir d'octobre 1992 que les premiers réfugiés guatémaltèques - Retornados - sont autorisés à rentrer du Mexique. Ils ont obtenu la présence d'une Mission des Nations Unies - MINUGUA - et surtout celle d'observateurs pacifiques qui les accompagneraient dans leur réinstallation - les Acompañantes -.
Le gouvernement de Jorge. Serrano se distingue par sa corruption et surtout par l'autogolpe du 25 mai 1993 qui échoue grâce à la forte mobilisation des organisations du secteur civil et surtout par le refus des organisations patronales et d'une partie de l'armée de le suivre. Mis en fuite, il est remplacé par Ramiro de León Carpio, ancien Procureur des Droits de l'Homme. Il échoue dans sa volonté d'engager le Guatemala dans une nouvelle étape de son histoire. Surtout, aux élections législatives suivantes, le Front Républicain Guatémaltèque - FRG - de l'ex-dictateur E. Rios Montt -qui devient président du Congrès - arrive en tête, grâce à une forte abstention. Si les négociations entre les belligérants réussissent à ouvrir le Guatémala à la démocratie, elles bloquent sur la question socio-économique. Pourtant cette question est un des facteurs déclenchant du conflit guatémaltèque.
Désarmement de la guerilla par la MINUGUA Aux élections générales suivantes, Alvaro Arzú, représentant d'une nouvelle droite moins liée à la terre, est élu président de la République. Il est conscient qu'il ne pourra changer l'image du Guatemala, et obtenir des investissements et des financements que si la paix est signée. Mais localement, le FRG contrôle le pays, notamment les zones rurales. Cependant la machine est en route : le nouveau président remplace la tête du secteur militaire et nomme un ancien guérillero, G. Porras, pour mener les négociations avec l'URNG. En mai 1996, un accord sur les " aspects socio-économiques " est signé. Il permet la signature de l'accord de paix le 29 décembre 1996, après trente-six ans de conflit.

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